Pourquoi les familles les plus riches utilisent l'assurance permanente non pas pour la « protection », mais pour l'arbitrage fiscal
Pour un usage personnel, l'assurance-vie est souvent vue comme une dépense nécessaire : un coût pour couvrir une responsabilité (hypothèque, jeunes enfants).
Demandez à un propriétaire d'entreprise de « dynastie » (ou leur bureau de famille), et ils voient l'assurance-vie comme une classe d'actifs.
Lorsque vous avez un capital excédentaire piégé dans une corporation, la frein fiscal est votre ennemi. Les investissements sont imposés à ~50%, et les règles de revenu passif menacent votre taux d'imposition d'entreprise active. L'assurance-vie permanente (assurance-vie entière et assurance-vie universelle) est le seul véhicule restant au Canada qui offre une croissance non imposable et un mécanisme pour extraire l'excédent corporatif sans impôt à vos héritiers. C'est le « bunker » du portefeuille : offrant des rendements non corrélés, une liquidité élevée et des valeurs successorales massives.
Partie 1 : L'assurance-vie comme classe d'actifs
Un portefeuille corporatif robuste comprend généralement des actions (croissance), de l'immobilier (revenu/croissance) et des revenus fixes (sécurité).
Le problème est que les revenus fixes (CPG, obligations) dans une corporation sont un désastre.
- Imposition : Les intérêts sont imposés à ~50,17% (Ontario) ou ~50,2% (Québec).
- Piège du revenu passif : Le revenu d'intérêts réduit votre déduction pour petite entreprise (comme discuté dans l'article #3).
Entrez l'assurance permanente :
Nous remplaçons la part « revenus fixes » de votre graphique circulaire par une police d'assurance-vie entière participative ou d'assurance-vie universelle.
- Profil de risque : Faible volatilité.
- Traitement fiscal : La croissance dans la police est non imposable.
- Rendement : Historiquement, les comptes participants ont offert des rendements stables à long terme comparables aux obligations mais avec une efficacité fiscale supérieure.
Principe de la dynastie : « Les riches ne louent pas leur sécurité ; ils la possèdent. L'assurance est le seul instrument financier qui garantit un montant spécifique d'argent à un moment non spécifié. »
Partie 2 : L'obligation successorale corporative (CEB)
Cette stratégie concerne l'efficacité du legs. Elle répond à la question : « J'ai 1 million de dollars en bénéfices non distribués. Comment puis-je obtenir le plus d'argent à mes enfants quand je meurs ? »
Le statu quo (investissements) :
Vous laissez 1 M$ dans un portefeuille de CPG. Il gagne des intérêts, vous payez 50% d'impôt chaque année. Quand vous mourez, la corporation vend les CPG, paie l'impôt sur les gains, et verse les liquidités en dividendes à votre succession (imposées à nouveau aux taux de dividendes). L'érosion est massive.
La mise à niveau (obligation successorale corporative) :
Vous déplacez ce 1 M$ (au fil du temps) dans une police d'assurance-vie entière.
- Croissance à l'abri de l'impôt : La valeur de rachat croît dans la police sans déclencher d'impôts annuels ou de pénalités de revenu passif.
- Le multiplicateur : Au décès, la « prestation de décès » est significativement plus élevée que l'argent que vous avez investi.
- La magie du CDA : C'est la clé. La prestation de décès (moins la base de coût) est créditée à votre compte de dividendes en capital (CDA).
- Résultat : La corporation reçoit le paiement d'assurance et peut le distribuer à vos héritiers comme un dividende en capital non imposable.
Les calculs : Il n'est pas rare qu'une obligation successorale corporative offre un « taux de rendement après impôt » équivalent de 8% à 12% à la succession sur des actifs à revenu fixe. Pour égaler cela avec des CPG, vous auriez besoin de trouver une obligation payant 16% d'intérêt. Cela n'existe pas.
Partie 3 : Le programme de retraite assuré corporatif (CIRP)
Beaucoup de propriétaires hésitent : « J'aime l'avantage successoral, mais et si j'ai besoin de l'argent pour la retraite ? »
La stratégie CIRP vous permet d'avoir votre gâteau et de le manger aussi.
Comment cela fonctionne :
- Financement : Vous surfinancez une police corporative pendant 10-20 ans. Elle accumule une « valeur de rachat » (CSV) substantielle.
- Le prêt : Quand vous prenez votre retraite, vous ne retirez pas l'argent (ce qui déclencherait l'impôt). Au lieu de cela, vous approchez une banque. La banque vous prête de l'argent personnellement, utilisant la valeur de rachat de la police corporative comme garantie.
- Flux de trésorerie : Vous vivez de cet argent emprunté sans impôt (puisque les prêts ne sont pas un revenu).
- Intérêts : Vous pouvez souvent capitaliser les intérêts (les ajouter au solde du prêt) donc vous ne payez rien de votre poche.
- La sortie : Quand vous mourez, la prestation de décès rembourse le prêt bancaire. La prestation de décès restante va à votre famille.
Résultat : Vous avez profité d'un flux de trésorerie sans impôt à la retraite, et votre famille reçoit toujours un legs, tout financé par des dollars corporatifs.
Partie 4 : Assurance-vie entière vs. Assurance-vie universelle (le véhicule)
Quel châssis devriez-vous utiliser pour votre dynastie ?
| Caractéristique | Assurance-vie entière participative (Par) | Assurance-vie universelle (UL) |
|---|---|---|
| Moteur d'investissement | Géré par la compagnie d'assurance. Un pool massif et diversifié d'obligations, hypothèques, immobilier et actions. | Vous choisissez les investissements (comme un menu de fonds mutuels). Peut être lié au S&P 500, indices d'obligations, etc. |
| Garanties | Garanties élevées. La ligne de « valeur de rachat » ne monte que. Elle ne baisse jamais, même en 2008 ou 2020. | Moins de garanties. Si le marché s'effondre, la valeur de votre compte peut chuter. |
| Gestion | Sans intervention. Vous faites confiance à l'échelle de dividendes de l'assureur. | Avec intervention. Vous gérez le mélange d'actifs. |
| Idéal pour... | L'allocation « argent sûr ». Idéal pour les obligations successorales corporatives où la stabilité est clé. | Investisseurs sophistiqués qui veulent une exposition au marché dans un abri fiscal, ou strictement des jeux de « coût d'assurance ». |
Le choix de la dynastie : La plupart de nos clients préfèrent l'assurance-vie entière pour la portion « sûre » de leur portefeuille. Ils prennent leurs risques dans leur OpCo ; ils veulent que leur assurance soit le fondement.
Partie 5 : Défense opérationnelle (rachat-association et personne clé)
Bien que nous nous concentrions sur la richesse, nous ne pouvons pas ignorer le risque.
Financement de rachat-association :
Si votre partenaire d'affaires meurt, avez-vous 5 M$ en liquidités pour acheter ses actions de son conjoint ? Sinon, vous pourriez vous retrouver en affaires avec leur conjoint. L'assurance fournit la liquidité immédiate pour racheter les actions du partenaire décédé, assurant la continuité de l'entreprise.
Personne clé :
Si votre générateur de revenus principal meurt, l'entreprise subira une baisse de revenus. L'assurance personne clé injecte des liquidités pour couvrir les profits perdus et recruter un remplaçant.
Questions fréquemment posées
Q1 : L'assurance-vie est-elle une dépense d'entreprise déductible ?
Généralement, non. Sauf si elle est requise par un prêteur pour garantie (et seulement la portion pure du coût d'assurance), les primes sont payées avec des dollars corporatifs « après impôt ». Cependant, l'avantage (le paiement de décès) est généralement non imposable.
Q2 : Quels tests médicaux sont requis ?
Pour les grandes polices utilisées dans la planification de dynastie (1 M$+), attendez-vous à une visite paramédicale (une infirmière vient à vous) pour des profils sanguins/urinaires et une déclaration du médecin traitant.
Conseil pro : Si vous êtes en bonne santé maintenant, verrouillez-le. L'« assurabilité » est un actif que vous pouvez perdre du jour au lendemain.
Q3 : Comment fonctionne exactement le compte de dividendes en capital (CDA) ?
Le CDA suit les montants non imposables qu'une corporation reçoit.
Formule : Prestation de décès reçue MOINS la base de coût ajustée (ACB) de la police = Crédit au CDA.
Note : L'ACB d'une police diminue généralement au fil du temps. Plus vous vivez longtemps, plus le pourcentage de la prestation de décès qui sort sans impôt est élevé.
Q4 : Puis-je transférer une police personnelle à ma corporation ?
Oui, mais soyez prudent. C'est une disposition. Vous devez la transférer à la juste valeur marchande (JVM). Si la JVM est supérieure à la valeur de rachat, vous pourriez déclencher un gain imposable personnellement. Cela nécessite une évaluation d'actuaire.
Q5 : Quels sont les risques du CIRP (prêt de retraite) ?
- Risque de taux d'intérêt : Si les taux de prêt montent en flèche (comme en 2023), les intérêts mangent la prestation de décès plus rapidement.
- Qualification bancaire : Vous devez vous requalifier pour le prêt périodiquement. Si votre crédit est détruit, la banque pourrait exiger le remboursement du prêt.
- Règles fiscales : L'ARC permet cela, mais une adhésion stricte aux « conditions de prêt commercial standard » est requise.
Q6 : Pourquoi ne pas simplement acheter une assurance temporaire et investir la différence ?
« Achetez temporaire et investissez la différence » fonctionne pour les employés. Pour les propriétaires d'entreprise, « investissez la différence » signifie investir dans un environnement imposable (50% d'impôt). L'assurance permanente fournit l'abri fiscal qui fait fonctionner les calculs mieux que temporaire + investissements imposables sur de longs horizons (20+ ans).
Q7 : La prestation de décès est-elle imposable pour mes bénéficiaires ?
Non. La corporation reçoit les liquidités sans impôt. La corporation paie un dividende en capital non imposable à la succession du actionnaire. La succession distribue aux bénéficiaires sans impôt.
Q8 : Le Québec traite-t-il ces stratégies différemment ?
Les mécanismes fiscaux (CDA) sont fédéraux. Cependant, concernant les prêts : les lois de protection des consommateurs et les règlements d'emprunt au Québec peuvent différer. De plus, au Québec, les produits d'assurance peuvent être « insaisissables » si le bénéficiaire est un conjoint marié ou ascendant/descendant, fournissant une protection d'actifs supplémentaire.
Q9 : Puis-je utiliser l'assurance pour payer l'« impôt sur les gains en capital » à mon décès ?
Précisément. C'est le compagnon du « gel successoral ». Si votre responsabilité de gel est de 2 M$, nous achetons une police de 2 M$. La police paie l'impôt. Votre succession garde la valeur de l'entreprise intacte. C'est un financement « sous sur le dollar ».
Q10 : Qu'est-ce que le « grind ACB » ?
La base de coût ajustée d'une police augmente généralement dans les premières années puis tombe à zéro dans les années ultérieures. Puisque le crédit CDA = Prestation - ACB, vous voulez que l'ACB soit faible quand vous mourez. Si vous mourez trop tôt (année 3), la portion non imposable est plus petite.
Q11 : Comment les fonds mutuels de catégorie corporative se comparent-ils à l'assurance ?
Les fonds de catégorie corporative réduisent la frein fiscal sur les distributions, mais ils ne fournissent pas les mêmes avantages de planification successorale. L'assurance offre des prestations de décès non imposables et des crédits CDA que les fonds de catégorie corporative ne peuvent pas égaler. Ils servent des objectifs différents dans un portefeuille.
Q12 : Qu'est-ce que la « propriété partagée » d'une police ?
Certaines stratégies impliquent de diviser la propriété de la police entre des entités personnelles et corporatives. Cela nécessite une structuration soigneuse pour éviter les règles d'attribution et assurer un traitement fiscal approprié. Un conseil professionnel est essentiel.
Q13 : Quelles sont les options « coût d'assurance nivelé » de l'assurance-vie universelle ?
Les polices d'assurance-vie universelle offrent différentes structures de coûts. Les options de coût d'assurance nivelé (LCOI) fournissent des coûts plus prévisibles au fil du temps, ce qui peut être bénéfique pour la planification à long terme. Cependant, elles peuvent avoir des coûts initiaux plus élevés que les structures de coûts croissants.
Q14 : Puis-je utiliser la valeur de rachat de la police comme garantie pour les prêts d'entreprise ?
Oui, les polices détenues par la corporation peuvent souvent être utilisées comme garantie pour les prêts d'entreprise. Cela fournit de la liquidité tout en maintenant le statut avantageux fiscalement de la police. Cependant, les conditions et la disponibilité varient selon le prêteur.
Q15 : Qu'advient-il si la compagnie d'assurance fait faillite ?
Au Canada, les compagnies d'assurance-vie sont réglementées par les régulateurs provinciaux d'assurance et protégées par Assuris (la corporation de compensation d'assurance-vie). Assuris protège les assurés jusqu'à certaines limites si un assureur devient insolvable. Cependant, choisir des assureurs financièrement solides reste important.
Ressources et lectures recommandées
Ressources externes
- Assuris : Corporation de compensation d'assurance-vie protégeant les assurés canadiens
- Bulletin ARC : Interprétation des mécanismes du compte de dividendes en capital
- BSIF (Bureau du surintendant des institutions financières) : Cotes de solidité financière des compagnies d'assurance
- Données de performance historique : Rendements des comptes participants vs. indices d'obligations (1980-2024)
Articles connexes
- L'ancre du legs : Maîtriser le gel successoral : Comment l'assurance finance les responsabilités fiscales successorales
- La stratégie de la forteresse : Pourquoi les familles prospères utilisent une structure HoldCo/OpCo : Structures corporatives qui fonctionnent avec les stratégies d'assurance
- CDA 101 : Le compte de dividendes en capital expliqué : Comprendre le mécanisme de dividende non imposable
